mercredi 28 novembre 2007

Vayechev - Joseph ou le Juif Français

Oubliez Star Wars, voici la nouvelle trilogie !

Vayechev - Mikets - Vaygach, ce sont les 3 parachyot à venir qui, selon la tradition, sont liées parce qu'elles racontent en continu la même histoire: celle de la vente de Joseph par ses frères, la vie de celui-ci en Egypte, son ascension sociale (il est devenu n°2 !) et ses retrouvailles avec ses frères.

Notez bien que:
- Spielberg ne s'y est pas trompé, après "Le prince d'Egypte", il a racheté les droits au Tout-puissant et a fait pareil avec l'histoire de Joseph (Joseph, le Roi des rêves - copyright Dreamworks)
- Alors que dans Starwars (épisode V), Dark Vador disait à Luke: "Je suis...ton père !", Joseph dira plus tard: "Je suis...votre frère !"

Bon, mais en attendant le film, tournons-nous vers Joseph. Joseph ou le Juif Français.
Pourquoi le Juif Français ? Parce que toutes les questions que l'on peut se poser sur ce sujet (peut-on être Juif et Français, peut-on vivre un judaïsme authentique en exil, etc...) se trouvent posées dans la vie de Joseph.

Imaginez: lui qui vient d'une famille nombreuse d'un bled paumé, se retrouve esclave en Egypte (autant dire New-York ou Paris, bref le summum de la vie culturelle de l'époque), connaît peu à peu les fastes du régime, le luxe d'une société riche et les vertiges du pouvoir.
On dirait aujourd'hui qu'il est un Juif Français bien intégré !

Mais un évènement retient notre attention: Joseph était esclave à la maison de Potiphar, un haut dignitaire égyptien. Arrive un moment dans la parasha où l'on nous raconte que la femme de Potiphar, très attirée par Joseph, lui a fait un peu de "rentre-dedans".
Et le midrache nous dit que Joseph était à deux doigts de commettre l'irréparable (en résumé, il allait se la faire), lorsque la figure de son père lui est apparue: il se souvint de son éducation et s'enfuit de la maison de son maître.
Quelle force ce Joseph ! Un vrai "mensch" ! Ou, comme le disait Pirelli: "Sans la Maîtrise, la Puissance n'est rien". Vraiment ce qu'on appelle "un juste".

Sauf que les commentaires ne sont pas si cléments avec Joseph !
Exemple: on nous dit juste avant l'épisode fatal que Joseph était "beau de stature et d'apparence" (traduction inexacte).
Pourquoi nous dit-on seulement maintenant qu'il était beau ?
Pour tous les autres personnages de la bible, on nous le dit beaucoup plus tôt, histoire qu'on sache déjà à qui on a affaire !
Rachi, le français champenois, explique que Joseph s'était mis à adopter de plus en plus les coutumes égyptiennes: il a commencé à se coiffer à la mode égyptienne, à adopter les petites manies locales, et se laisser doucement emporter par la vie égyptienne, la Dolce Vita de l'époque.

C'est alors qu'il arriva chez la femme de Potiphar pour, dit le texte, "aller faire son travail".
Le Talmud discute de la nature de ce travail.
Rav (un des maîtres du Talmud) explique qu'il s'agit vraiment de son travail d'esclave.
Shmouel (son copain du Talmud) en revanche, explique qu'en fait il voulait assouvir ses désirs: c'était ça son travail.
On se rend compte que Joseph n'est peut-être pas si "clean" que ça. C'est un Juif bien intégré, mais qui finalement porte les valeurs de son pays d'accueil en oubliant progressivement son héritage originel.
Ce qui le sauve ? La figure de son père qui lui apparaît juste avant la catastrophe: il se souvient qu'il est le fils d'Israël et qu'il n'est en Egypte que pour accomplir la promesse qu'a faite Dieu à Abraham.
Toute la vie de Joseph, c'est ça: la tension entre être le fils d'Israël et être intégré à son pays d'accueil.
Joseph, c'est la figure du Juif d'exil par excellence tenté par des cultures étrangères.

La concordance de l'histoire de Joseph avec Hanouka n'est d'ailleurs pas anodine: c'est la même problématique. Le fait que le héros de Hanouka s'appelle Juda, comme le frère de Joseph qui s'oppose à lui n'est pas un hasard non plus...

Quelle leçon devons-nous en tirer ? Laissons la conclusion à une des commentatrices les plus célèbres de la Thora: Nehama Leibowitz.
Celle-ci est la soeur de Yeshayaou Leibowitz et donnait des leçons de Thora aussi limpides et profondes que pédagogiques. Elle était profondément juive mais aussi très inspirée de valeurs occidentales.
Sa conclusion sur ce commentaire est le suivant (adaptation libre): "Si Joseph a réussi à s'extraire de l'assimilation totale à la dernière minute alors qu'il était le fils de Jacob et que son héritage juif était extrêmement puissant, comment s'en sortira celui qui sait vaguement qu'il est juif grâce à quelques cours de Talmud Thora le dimanche matin de 10 à 13 ans ?"

Une, sinon LA mission des cadres de la communauté juive de France n'est-elle pas de faire réapparaître la figure de Jacob ses fidèles ?

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