mardi 16 octobre 2007

Lekh-Lekha - Avraham...et Durkheim

Lekh-Lekha, "pars pour toi", c'est la première rencontre avec notre Patriarche Avram.

Quoiqu'en fait, pas tout à fait, puisque son nom apparaissait en guest-star dans la paracha précédente, ce qui n'est pas complètement anodin (n'est-il pas intéressant que la première chose qu'on nous dit d'Avram, réputé pour être le père du monothéisme, c'est qu'il s'est marié...)

Mais c'est véritablement dans Lekh-Lekha que la saga d'Avram et de sa famille prend véritablement son envol. Le début est brutal. Dieu lui ordonne, tel Maître Yoda à un tout jeune Padawan: "Pars pour toi de ton pays, de ton lieu de naissance et de la maison de ton père"

Evidemment, à chaque fois que la Thora donne des précisions, les commentateurs s'étonnent,notamment de l'ordre des mots: notre ami Avram, si on doit refaire son parcours géographique, partira:

- d'abord de la maison de son père,

- puis quittera sa ville natale,

- avant de montrer son passeport et de quitter son pays d'origine.

C'est l'ordre logique. Et pourtant, la Thora choisit l'ordre inverse:

- d'abord du pays,

- ensuite de la ville natale

- et ensuite de la maison de son père !

Le Ketav veHakabala, un commentaire d'un élève du Gaon de Vilna répond la chose suivante: la Thora ne va pas gaspiller de l'encre à nous refaire un parcours touristique, fût-il celui de notre père Avram.

Elle veut nous enseigner quelque chose de plus profond. Avram a été choisi par Dieu pour initier la longue histoire du peuple juif. Pour commencer cette nouvelle histoire, il doit partir de zéro. La Thora semble nous mettre directement dans le bain en disant: "le candidat retenu, c'est lui, les compteurs sont à zéro, on va voir ce qu'il a dans le ventre".

Mais pour partir de zéro, Avram doit se défaire de toutes ses habitudes et coutumes passées. Il doit désapprendre son ancienne vie. Il doit d'abord oublier son pays et ses coutumes. Plus difficile, il doit faire abstraction de l'attachement qu'il a forcément pour sa terre natale. Mais le plus dur, c'est de quitter ses habitudes les plus profondes, sa culture, bref, ce qu'un autre juif, Emile Durkheim, fils de rabbin et créateur de la sociologie moderne appellera beaucoup plus tard, le fait social: "toute manière d'agir, de penser et de sentir, extérieures à l'individu, et qui sont douées d'un pouvoir de coercition en vertu duquel il s'impose à lui".


Avram doit quitter tout cela, s'il veut pouvoir être le père du peuple juif. Voilà pourquoi la Thora inverse l'ordre logique des choses... Ce qui est compliqué n'est pas tant de migrer d'un point de vue géographique. C'est de créer une rupture epistémologique dans son habitus routinier !

Mais on ne peut conclure sans dire où Avram doit aller et ça Dieu ne le dit pas !

Regardez bien le texte: il dit "pars à l'endroit que je t'indiquerai", mais ensuite plus rien, c'est prend ta boussole et article 22 (article 22: démerde toi comme tu peux).

Pourtant, regardons bien, dans la paracha de la semaine prochaine, la Thora nous donne un indice: elle réutilise la tournure "Lekh-Lekha", mais à l'adresse d'AvraHam, après que Dieu a ajouté un Hé au nom du patriarche, cette fois à l'occasion de la ligature d'Isaac: il ne lui demande plus de quitter son passé, mais de se tourner vers l'avenir: "Pars pour toi vers le pays de Moria...".

C'est là l'endroit où Avraham doit aller, accomplir la volonté de Dieu à l'endroit que Dieu a choisi. Toute l'histoire du peuple juif est résumée entre ces 2 Lekh-Lekha: s'extraire de nos habitudes matérielles et idolâtres pour se tourner vers le service de Dieu...même si le chemin est traversé d'épreuves !

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